Coopération Erasmus +
À partir de 2024, Lire et Écrire communauté française (Belgique), la Brèche et le Réseau des Créfad ont coopéré pendant 22 mois dans le cadre du programme ERASMUS+.
Nous partageons une finalité commune : agir pour que l’écrit soit un moyen d’émancipation et de développement du pouvoir d’agir citoyen, dans les actions sociales, culturelles, professionnelles et éducatives. Mais au-delà de cette finalité quelque peu immodeste, cette coopération au long terme vise à permettre à des professionnel·les et bénévoles des trois organismes d’éducation populaire/permanente de se rencontrer pour échanger, analyser et enrichir leurs pratiques et méthodologies d’accompagnement à l’écriture, pour eux-mêmes et leurs publics bénéficiaires respectifs.
"Écrire et faire écrire"
L’un des résultats de cette coopération est cet ouvrage « Écrire et faire écrire. Réflexions et pratiques », Collectif, Éditions Crefad Traces, 2026.
Donner à lire, à partager ce qui nous traversent au-delà du groupe de coopération.
Pourquoi « Écrire et faire écrire » en coopération européenne? Parce que l’apprentissage des langues, c’est politique. Parce que des rapports de pouvoir et de domination sont à l’œuvre. Parce que lire et écrire, c’est politique. Effets de rencontres de l’éducation populaire et de l’éducation permanente…
Échos de rencontres et échanges de pratiques de 2024 à 2025
Après une première étape d’interconnaissance et de préparation à distance, nous sommes passées à la deuxième étape du 4 au 8 novembre 2024. Sept acteur·ices françaises (d’horizons divers mais très en lien avec La Brèche et le Réseau des Créfad) ont partagé des pratiques et réflexions avec des acteur-ices de Lire et Écrire, à Bruxelles et La Louvière, autour de thématiques comme : l’écrit comme levier, pour qui, comment?; la recherche impliquée sur nos terrains sociaux; éducation populaire et éducation permanente : leviers, actions et fragilités.
Nous avons poursuivi ensuite nos échanges à distance et notamment notre élan d’écrire ensemble ou plus exactement de nous soutenir dans nos écritures individuelles d’abord. Un rendez-vous mensuel en visio, des lectures croisées, et petit à petit se dessinent des thématiques communes.
Arrive tranquillement le mois de mars 2025 et là ce sont des membres actifs de Lire et Ecrire qui rejoignent en Auvergne les français. Du 24 au 28 mars 2025, nous nous retrouvons à 11 personnes à Nadaillat, petit hameau de montagne de l’agglomération clermontoise autour de thématiques comme : l’accompagnement à l’écriture, la relation corps et écriture, l’illettrisme, l’analphabétisme – une question politique, faire résonner et raisonner nos connaissances de terrain dans l’espace publique et l’espace politique, quelles écritures et pour qui?, la relation chant et écriture… des expérimentations, des affirmations, des questions et des envies, encore des envies…
Bruxelles, du 4 au 8 novembre 2024
Nous sommes sept acteur-ices associatives, de l’éducation populaire et/ou de la formation des adultes, motivées par les questions de lecture, écriture comme leviers d’émancipation à partir direction Bruxelles, à la rencontre des acteur-ices de Lire et Écrire communauté française.
Lundi 4 novembre 2024
Parti-es aux aurores de Clermont-Ferrand, Valence, Nevers ou Rennes, nous sommes accueillies par Cécilia et Aurélie au siège de Lire et Écrire à Bruxelles. Sans transition, nous rentrons dans l’univers (souvent fantasmé en France) du fameux décret sur l’éducation permanente grâce à la guidance de Geneviève de la FESEFA. Croisements entre l’éducation populaire et éducation permanente, les contextes historiques et politiques, les reconnaissances et méconnaissances, les jeux d’institutionnalisation… Un décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui légitime par principe son contre-pouvoir démocratique (si, si c’est écrit dans le 1er article) en donnant les moyens aux associations de s’organiser comme elles l’entendent en ce sens. Le revers de la médaille, il y en a un bien sûr, c’est une institutionnalisation par des procédures administratives assez lourdes…
Mardi 5 novembre 2024
Aujourd’hui on échange sur nos pratiques de faire écrire / rendre publics des textes…
Karyne (du Collectif Alpha) nous raconte des expériences enthousiasmantes d’ateliers d’écriture avec des apprenant-es et des travailleur-es, des artistes et des écrivains… des projets bichonnés et rendus publics. Bénédicte nous a aussi évoqué ses écritures de pratiques professionnelles.
On a poursuivi l’après-midi nos échanges à partir du Journal de l’alpha avec Sylvie-Anne et Aurélie. Nous avons croisé nos pratiques d’accompagnement à l’écriture, comment soutenir sans faire à la place, passer par l’oral ou l’interview… avec un constat commun que le temps de l’écriture permettant de prendre du recul ou partager des pratiques professionnelles n’est plus considéré. Il est à négocier, parfois à voler et souvent dévalorisé.
Mercredi 6 novembre 2024
Ce matin, on parle recherche-action, recherche participative, co-recherche… avec Fanny (chercheuse en sciences politiques) et Louise (chercheuse à Lire et Écrire). On évoque les conditions de la recherche : prise de conscience, engagement et apprentissage individuel et collectif. On poursuit le chemin de réflexion avec Aleks à partir de morceaux choisis.
Jeudi 7 novembre 2024
Départ en train direction La Louvière. Nous rencontrons le matin Yolande, Bénédicte, Stéphanie, Johanna, toutes les quatre formatrices ou accompagnatrice pédagogique. On évoque la traduction dans le concret des Balises pour l’alphabétisation populaire, travail de plusieurs années pour nommer les finalités, les buts, les objectifs, les moyens de l’alpha pop avec une exigence de compréhension par toutes et tous.
C’est à la fois un cadre qui sécurise et nomme le projet politique tout en laissant une grande liberté pédagogique aux formateur-ices.
On poursuit avec la présentation d’une belle action de sensibilisation et d’expression : numérique mon amour.
Phil, Michel, Véro, Nico, Jacqueline et les autres nous ont raconté ce que cette expérience de transformer leur vécu par le théâtre leur a apporté. Une belle rencontre.
Vendredi 8 novembre 2024
Nous arrivons à la fin de cette étape : partages d’écritures, ce qu’on projette pour nourrir du lien d’écriture et/ou autre d’ici notre rendez-vous du mois de mars, et bien sûr un bilan de cette semaine riche et dense.
Nadaillat, du 24 au 28 mars 2025
Une arrivée après un long voyage pour certain-es le lundi 24 mars dans les locaux de la Grange à danser à Nadaillat. Un premier repas tout en douceur pour s’accueillir tranquillement, repas fourni par Catherine, une traiteure bio locale et végé.
Nous sommes 11 : 4 permanent-es de Lire et Ecrire (communauté française et province du Luxembourg) et 7 autres impliqué-es dans des actions d’éducation populaire en France et particulièrement autour du lire, de l’écrire, du faire écrire, de l’exprimer…
Mardi 25 mars
Nous démarrons par un temps d’interconnaissance pour nous accueillir mutuellement : Ida nous propose une écriture type palimpseste inspirée de Jeanne Bénameur.
Nous poursuivons par une introduction à l’entrainement mental que nous pourrons mobiliser comme méthode d’analyse et d’échanges sur nos pratiques d’accompagnement à l’écriture.
Sébastian et Alice ont présenté des expériences d’accompagnement à l’écriture à partir du Journal de l’Alpha, le récit de vie de femmes en situation d’illettrisme ou alphabétisation : des interrogations, des points de vigilance, des croisements en ont été tirés, notamment : « préserver l’envie d’écrire, toujours fragile et précaire ».
Nous avons aussi pris le temps de partager les écrits « déjà là » du groupe et la table de ressources. La soirée s’est poursuivie avec une proposition d’Aleks autour d’un atelier de partage de pratiques et de ressources autour de corps et écriture, comment écouter / mobiliser / accompagner le(s) corps dans l’écriture ?
Mercredi 26 mars
Direction Clermont-Fd, pour rencontrer l’équipe du Centre Ressources Illettrisme Auvergne. Accueillis par Karelle et Serge, la matinée d’échanges a porté sur les actions du CRI : Dock en stock, formations des acteurs de terrain et autres ressources…
Isabelle nous a proposé une introduction à la méthode ECLER. Fort appui pour « débloquer » l’écriture.
Cécilia est revenue de manière plus approfondie sur les démarches de sensibilisation de Lire et Ecrire en mobilisant les personnes concernées.
Deux objectifs : que les pouvoirs publics (élus, fonctionnaires) et travailleur-euses de première ligne interrogent leurs pratiques et qu’ils et elles puissent détecter et orienter les personnes. Il y a aussi des sensibilisations pour le grand public. Ces démarches s’appuient sur un travail long d’éducation populaire avec les apprenant-es, pour ne pas être dans l’appropriation sans les impliquer. Des échos : le collectif Le français pour toustes, l’ANLCI…mais finalement pas beaucoup d’actions de ce type ou plus discrètement.
La fin d’après-midi s’est terminée au festival Littérature au Centre de Clermont-Fd.
Jeudi 27 mars
Gaëlle nous a proposé un atelier à partir de l’expérience de la Traversée. Une langue écrite accessible à la lecture orale. Rappeler que le premier geste n’est pas l’écriture ! Tenter néanmoins l’écriture accessible.
Aurore nous a fait expérimenter un atelier pour lier écriture et chant.
La journée s’est poursuivie autour d’une dynamique de lectures des textes déjà produits par les un-es et les autres, par une réflexion partagée et l’organisation de ces textes, leur lien, ce qu’on a envie de donner à lire à plus large que nous.
On en a tiré une sorte d’organisation de ces textes présents et à venir.
En soirée, nous avons rejoint le café culturel Le Poulailler pour rencontrer bénévoles et salariée de ce lieu proposant diverses activités mêlant lecture, écriture et oralité.
L’écriture n’est pas une finalité, elle est éducative.
Faire chemin avec les gens, ça s’invente à chaque fois.
Vendredi 28 mars
La semaine se termine, chacun-e projette déjà son trajet retour, avec des envies de poursuivre la collaboration d’écriture à distance pour aller au bout d’une transmission de ce qui a été travaillé pendant ces rencontres, tant à Bruxelles qu’à Nadaillat.
A suivre…